Texte de Daniel Fahri

rabbin-daniel-farhi.com

Le professeur Haïm-Vidal Sephiha s’est éteint le 17 décembre à l’âge de 96 ans au terme d’une hospitalisation de plusieurs mois due à une maladie dermatologique. Artisan majeur de la renaissance des études judéo-espagnoles, H.V. Sephiha est né le 28 janvier 1923 à Bruxelles dans une famille venue en 1910 d’Istanbul. Il était donc un descendant lointain des Juifs qui furent expulsés d’Espagne en 1492 par la reine Isabelle la Catholique et qui conservèrent leur langue d’origine à travers leurs pérégrinations, notamment dans les pays de l’empire ottoman, l’actuelle Turquie, la Grèce, l’Egypte, la Bulgarie, le Maroc, etc. Je cite ici un article qu’à la demande de son fils Dominique Vidal j’ai écrit pour Le Monde, mais dont je ne suis pas sûr qu’il sera publié. Ce texte doit beaucoup à la biographie rédigée par Mme Gisèle Nadler que je remercie. « Ses parents David Nissim Sephiha et Esther Eskinazi étaient restaurateurs de tapis. Haïm avait cinq frères et sœurs. Il étudia dans un lycée francophone de Bruxelles et apprit de nombreuses langues. Il entreprit des études d’agronomie qui tournèrent court car il fut renvoyé de l’institut agronomique en tant que Juif (c’était en novembre 1941), mais il put les poursuivre dans un centre d’apprentissage d’horticulture créé par l’Association des Juifs de Belgique et dirigé par Haroun Tazieff. Il étudia clandestinement à l’université libre de Bruxelles jusqu’à son arrestation par les Allemands le 1 er mars 1943. Il fut déporté à Auschwitz-Birkenau d’où il participa à « la marche de la mort » qui le mena au camp de Dora puis de Bergen-Belsen où il fut libéré par les Anglais le 15 avril 1945. Tel ne fut pas le sort de son père et de certains de ses frères et sœurs également déportés et mort dans les camps. De retour en Belgique, il poursuivit des études de chimie qui le menèrent à la profession d’ingénieur.Haim Vidal Sephiha

Mais toute la vie de H.V. Sephiha fut bouleversée par sa prise de conscience qu’en tant que seul survivant de sa famille, il se devait d’œuvrer pour perpétuer l’étude et l’usage de langue de ses parents, le judéo-espagnol. En 1953, il abandonna le métier d’ingénieur chimiste pour entreprendre des études de linguistique, de littérature espagnole et portugaise à la Sorbonne. Muni d’un doctorat d’espagnol, de diplômes de yiddish, de roumain et d’hébreu, il commença
d’enseigner à l’université. Il créa en 1982 la première chaire de judéo-espagnol au monde qui fut installée à l’INALCO (Langues O).

Retraité en 1991, il continua d’enseigner à Paris VIII et à l’université Martin Buber de Bruxelles. Parallèlement il créa des ateliers de judéo-espagnol à l’Ecole pratique des Hautes Etudes, au Centre Rachi puis au Centre communautaire de Paris. En 1979, il fonda l’association Vidas Largas pour la défense et la promotion de la langue et de la culture judéo-espagnoles. Aux côtés de Michel Azaria et de Gisèle Nadler, il fonda également l’association « Judéo-Espagnol à Auschwitz » (JEAA) dont l’objet était d’obtenir l’adjonction au Mémorial d’Auschwitz Birkenau (Pologne) d’une dalle en judéo-espagnol, car de très nombreux membres de cette communauté y ont été déportés, notamment de Salonique ainsi que d’autres pays du Levant. Cette dalle fut inaugurée en présence de Simone Veil le 24 mars 2003. En 1981, Haïm-Vidal Sephiha créa avec Arlette Lévy et Michel Zlotowski une émission hebdomadaire en judéo-espagnol sur la fréquence juive, Muestra lingua, qu’il anima pendant 25 ans avant de passer le flambeau à notre ami Edmond Cohen. ̶ À toutes ces activités culturelles, le professeur H.V. Sephiha, ajouta une importante production littéraire. Il écrivit 7 livres et plus de 400 articles sur la langue judéo-espagnole, parmi lesquels « L’agonie des Judéo-Espagnols » (Ed. Ententes, 1977, réédité en 1985 et 1991), « Yiddish et judéo-espagnol : un héritage européen, (Ed. Bureau européen pour les langues moins répandues, 1997), « Ma vie pour le judéo-espagnol, la langue de ma mère. Entretiens avec Dominique
Vidal, Ed. Le bord de l’eau, 2015). La théorie qu’a défendue avec ardeur H.V. Sephiha portait essentiellement sur la distinction précise entre le judéo-espagnol vernaculaire (djudezmo) et le judéo-espagnol calque (ladino) qui ne se parle pas, mais qui résulte de la traduction littérale de l’hébreu en espagnol.

Haïm-Vidal Sephiha était marié en secondes noces à une Allemande non juive Ingeborg, beau symbole après sa déportation. Il avait un fils, Dominique, ancien journaliste au Monde diplomatique, et deux petits-enfants, Marc-Olivier et Leïla. – C’était un homme de passion au caractère très entier, ce qui ne lui a pas valu que des amis ! Son œuvre qui lui survivra aura été prodigieuse : grâce à lui, la culture judéo-espagnole n’est pas morte après la Shoah. Il a également passé sa vie à témoigner de cette dernière pour mettre en garde les générations à venir contre la barbarie qui a pu sévir au sein d’une Europe cultivée et dont, hélas, il est à craindre la résurgence dans nos sociétés oublieuses.

 

Article de Michel Azaria paru dans la newsletter du CRIF

L’article sur le site du CRIF

Le professeur Haïm Vidal Sephiha s’est éteint le 17 décembre à l’âge de 96 ans. Ses obsèques, conformément à sa volonté, ont eu lieu dans l’intimité familiale et en présence de quelques amis le 24 décembre.

Haïm Vidal Sephiha est né le 28 janvier 1923 à Bruxelles dans une famille venue en 1910 d’Istanbul, descendant des Juifs qui furent expulsés d’Espagne et, en l’occurrence, de la Sicile dépendant du roi catholique aragonais à la fin du XVe siècle.

Dès sa jeunesse, il parlait 5 langues (le français, le flamand, le judéo-espagnol, l’anglais et le yiddish). Il entreprit des études d’agronomie puis fut renvoyé parce que Juif. Il envisageait alors de se préparer pour un départ en tant qu’agronome vers la Palestine. Arrêté le 1er mars 1943 par les Allemands, il fut envoyé au camp de Malines (Belgique) puis déporté à Auschwitz-Birkenau d’où, après 16 mois de détention, il subit « la Marche de la mort ». Il passa ensuite successivement par le camp de Dora puis celui de Bergen-Belsen où les Anglais le libérèrent le 15 avril 1945.

De retour en Belgique, il reprit des études de chimie à l’Université de Bruxelles et travailla comme chef de laboratoire à Rouen de 1948 jusqu’en 1950. Cette année-là, après le décès de sa mère (survivante de Ravensbrück), son père étant mort à Dachau en avril 1945, il comprit qu’il devait rendre hommage aux siens en se consacrant à l’étude du judéo-espagnol. Il décida, donc, d’abandonner sa carrière de chimiste.

Il entreprit des études de linguistique, de littérature espagnole et de littérature portugaise à la Sorbonne et commença une carrière universitaire exceptionnelle. Sa thèse d’État : « Le ladino (judéo-espagnol calque) : structure et évolution d’une langue liturgique » fut éditée en 2 volumes en 1982. La même année, il occupe, à l’Université Paris VIII, une chaire de linguistique hispanique, laquelle, transformée en chaire de judéo-espagnol – la première au monde – fut transférée à Paris III (Inalco). Le professeur Haïm Vidal Sephiha participa à des jurys où plus de 500 étudiants soutinrent leurs mémoires et thèses hispaniques. Il enseigna à travers le monde (Allemagne, Italie, Autriche, Angleterre, Irlande, Espagne, Portugal, Grèce, Turquie, Suisse, Maroc, Israël, Chili, Argentine, URSS, etc).

Il écrivit 7 livres et plus de 400 articles sur la langue judéo-espagnole, parmi lesquels « L’agonie des Judéo-Espagnols » (Ed. Ententes, 1977, réédité en 1985 et 1991), « Yiddish et judéo-espagnol : un héritage européen », (Ed. Bureau européen pour les langues moins répandues, 1997), « Ma vie pour le judéo-espagnol, la langue de ma mère. Entretien avec Dominique Vidal Sephiha », Ed. Le bord de l’eau, 2015).

Sa théorie portait essentiellement sur la distinction précise, aujourd’hui reprise par de nombreux universitaires dans le monde entier, entre le judéo-espagnol vernaculaire, langue parlée (djudezmo, djudyo, espanyol, espanyoliko en Orient ou haketía au nord du Maroc) et le judéo-espagnol calque (ladino) qui ne se parle pas, mais qui résulte de la traduction littérale de l’hébreu en espagnol.

Le ladino est la traduction mot à mot de l’hébreu, de l’araméen biblique et des textes liturgiques faite par les rabbins des écoles juives d’Espagne. Il acquiert ainsi un caractère semi sacré. En bref, le ladino est « de l’hébreu habillé d’espagnol ».

Précurseur des professeurs universitaires modernes, il se rapproche des Juifs non-universitaires et anime toute sa vie des ateliers de discussion à l’intention de ceux désireux à la fois de se retrouver pour parler leur langue mais aussi d’en connaître les fondements théoriques et historiques au sein de l’association Vidas Largas qu’il crée en 1979.

En 1981, avec l’arrivée des radio libres, Haïm-Vidal Sephiha créa Muestra lingua, une émission hebdomadaire en judéo-espagnol sur la fréquence des radios juives.

En janvier 2002, avec le soutien de Michel Azaria et Gisèle Nadler, le professeur Haïm Vidal Sephiha crée l’association « Judéo Espagnol A Auschwitz » (JEAA) pour mener une campagne auprès des autorités polonaises en vue de l’adjonction au Mémorial d’Auschwitz Birkenau (Pologne) d’une 21ème dalle en judéo-espagnol. Cette dalle fut inaugurée le 24 mars 2003 en présence de Madame Simone Veil. À cette occasion, Haïm Vidal Sephiha a tenu à citer, en judéo-espagnol, dans son discours le poème d’amour pour cette langue écrit par le Grand Rabbin de Turquie, Haïm Bejarano au début du siècle dernier en soulignant que la langue judéo-espagnole avait également été victime de la Shoah.

À la fin de sa vie, de nombreux hommages sont rendus au Professeur Haïm Vidal Sephiha pour son dévouement et l’énergie déployée afin que la langue judéo-espagnole tenue il y a encore 50 ans en peu d’estime et considérée par beaucoup comme un simple patois ait enfin regagné toute sa noblesse et la reconnaissance académique en France et dans le monde entier.

Il quitte ainsi son épouse mariée en secondes noces Ingeborg, allemande non juive, un fils, Dominique, deux petits-enfants, Marc-Olivier et Leïla, et deux arrière-petits-enfants, Arthur et Matthieu.

Haïm Vidal Sephiha était titulaire de la médaille de Vermeil de la ville de Paris et de la Légion d’Honneur.

Texte soumis par Michel Azaria

 

Texte de Albert Garih en judéo-espagnol dans  ladinokomunita

Es kon muncha pena ke meldo sovre Haim ke mos desho. Yo lo konosia desde 1965, kuando me fui a viajar por las islas gregas. El era muestro gia en akel viaje, i imediatamente mos izimos amigos por muestras orijenes komunes (El komo yo eramos ijos de parientes orijinarios de Turkia, i mos gustava avlar djuntos la lengua de muestros antepasados). 

 

Despues de esto, mos pedrimos de vista porke yo no me kedi en Fransia, i fue solo en 2000, kuando inisio la petision para la laja en djudeo-espanyol en el Memorial de Auschwitz ke mos topimos de muevo. El me metio en karga de difundir la petision por este lado del Atlantiko, i mos enkontrimos primero el el kolokio de la UNESCO en 2001 i luego kuando mos fuimos a la inaugurasion de la laja en Auschwitz. Afilu estavamos el en Fransia i yo en los Estados Unidos, nunka perdimos el kontakto. Kuando vino a Washington en 2007 para dar todos sus dokumentos al Muzeo de Olokausto sovre su deportasion i sovre sus lavoros para mantener bivas muestra lengua i kultura, pasimos una semana en el Muzeo djuntos kon su esposa Inge i kon su ijo Dominique ansi ke kon la direksion del Muzeo. Fue para mi una eksperiensia muy rika ke me enkorajo a azerme voluntario en el Muzeo, Oy, dainda esto voluntario de este Muzeo,i esto se lo deVo a Haïm. Malgrado la distansia ke mos separaVa, él Biviendo en Fransia i yo en los Estados Unidos, nunka lo pedri de vista, i siempre meldava sus eskritos en la LK. Me ofresio tambien sus livros sovre el Djudeo-espanyol ke meldi kon muncho interes. Para mi, fue él ke me permitio de kedarme serka de mis raizes djudeo-espanyolas, i por esto, me kedo oy en su devda.

 

Ke su memoria sea una bendision. 

 

Article de Claudine Barouhiel paru dans Actualité Juive

La disparition de Haim Vidal Sephiha : « Ke esté en gaaneden ! »

Oui, qu’il soit au paradis le grand homme ! pour y retrouver los muestros, les nôtres et les siens ; qui l’accueilleront certainement avec leur familière apostrophe « ke jabér pacha ? » et lui offriront sans aucun doute un raki ! C’est à grâce à toi, très cher et regretté Haïm, que le judéo-espagnol a retrouvé ses lettres de noblesse. Grâce à ton opiniâtreté et à ton talent que tu as sauvé cette langue d’une mort imminente. Tu as été pour elle ce qu’ Eliezer Ben Yéhouda fut à l’hébreu, prenant conscience lors du décès de ta mère, que cette langue ne serait sans doute plus parlée.
La route fut pourtant longue et dure pour Haïm Vidal Sephiha puisqu’elle commença tôt par la déportation à Auschwitz ; et qu’une partie de sa famille mourut dans les camps. Mais elle fut aussi auréolée de succès puisqu’on créa pour lui, grâce à l’excellence de son travail, la première chaire de judéo-espagnol au monde, à l’INALCO, en 1982. Nous lui devons une œuvre très féconde ; sept ouvrages dont « L’Agonie des Judéo Espagnols » (1977), 400 articles et d’innombrables conférences.
Militant inlassable le professeur Haïm Vidal Sephiha combattit toute sa vie durant pour que l’on fasse la distinction entre le judéo-espagnol vernaculaire (langue parlée) et le judéo-espagnol calque ou ladino qui ne se parle pas et qui résulte de la traduction littérale de l’hébreu en espagnol. Il s’opposa même, avec raison, aux plus hautes autorités universitaires israéliennes! Il ne fut ni toujours entendu, ni toujours reconnu par certains. Car les coutumes ont parfois la vie dure et certains Judéo-Espagnols, même informés, continuent de dire qu’ils parlent « ladino »!
Muni de nombre de diplômes tant scientifiques que littéraires et notamment d’un doctorat d’espagnol, il maîtrisait aussi sept langues ! Il enseigna à l’Université Paris VIII et à l’Université Martin Buber de Bruxelles. Il créa des ateliers de judéo-espagnol à l’Ecole des Hautes Etudes entre autres… ; co-fonda l’ « Association Vidas Lardas », fonda également « l’Association Judéo-Espagnole à Auschwitz », de façon à obtenir la pose d’une dalle pour les Judéo-Espagnols morts en nombre dans les camps ; ( celle-ci fut inaugurée en 2003). Puis il co-réalisera une émission de radio « Muestra lingua » qu’il anima durant 25 ans sur Radio J.
Née moi-même au sein d’une famille dont le corpus linguistique était truffé, entre autres, de mots et d’expressions judéo-espagnoles, lorsque j’entrepris un jour la recherche de mes racines d’origine turque, Haïm Vidal Sephiha fut immédiatement à mes côtés ; il fut mon maître, un grand maître, répondant toujours présent ; sachant ajouter à son savoir, patience et tendresse, ce que je tiens à souligner ici. Il sera de ceux qui font mentir certaines maximes populaires… car lui sera irremplaçable !
Claudine Esther Barouhiel

 

Travail de recherche de Frédéric Viey sur la partie française de la famille de Haïm Vidal Sephiha

 

DES JUIFS D’ORIENT EN SEINE ET MARNE

LES FAMILLES SEPHIHA .

Un métier, un nom.

Mayer Sephiha est décédé à Auschwitz le 31 juillet 1943; il était le frère aîné de Nissim David, mort lui à Dachau en mai 1945 et donc un des oncles de Haïm Vidal, déporté lui à Auschwitz depuis la Belgique en septembre 1943. Il pratiquait le métier désigné par le nom arabe qu’est le nom de sa famille : ferblantier, tenekedji en turc et en judéo-espagnol d’orient. Ce métier est celui de la famille Sephiha de père en fils, par les aînés, Le frère de Haïm, Albert était resté dans la métallurgie.

Des Séphiha à Provins.

André Sephiha est né le 15/11/1899 à Constantinople Turquie, il était conducteur de chemins de fer Secondaire à Provins, veuf. Il habitait dans cette ville, rue St. Thibault.
Durant la Second Guerre Mondiale, André Séphiha est transféré le 28 janvier 1943 à Drancy en vertu d’un procès-verbal de la Gendarmerie : Séphiha André, né le 15 novembre 1899 à Constantinople Turquie domicilié à Provins (Seine-et-Marne) n° 14 bis rue St Thibault. Le dossier juif à la Mairie de Provins  d’André porte le n° 20, qui précise : sexe masculin, Nationalité française par décret du 12 juin 1928, employé aux chemins de fer secondaires, rue 14 bis rue St Thibault à Provins, veuf de Noisier Simone.
Bien que n’étant pas « déportable » puisque marié à une non juive, André, résistant communiste, fut déporté comme juif. Une plaque a été apposée sur la façade de sa maison pour rappeler son combat contre la barbarie nazie.
En ce qui concerne son fils Albert Séphiha, le 26 novembre 1941, le Commissaire de Police adresse au Préfet le rapport sur l’enquête qu’il vient de mener sur Albert Sephiha :
 »J’ai l’honneur de vous retourner ci-joint la carte d’identité qui vient d’être délivré à M. Sephiha Albert, demeurant à Provins, 35 rue Courloison’’.
Des renseignements obtenus, il résultait que le titulaire de la carte serait de confession israélite comme semble le prouver le certificat de nationalité appartenant à son père qui est naturalisé français, mais d’origine ottomane.
Identité du père :
Sephiha Sabeto (dit André) né le 15 novembre 1899 à Constantinople de Abraham (dit Albert le ferblantier) et de Esther
Sephiha Albert nous a déclaré ignorer totalement qu’il était d’origine juive, jusqu’à l’arrestation de son père par les Autorités allemandes. Il n’a pratiqué aucune religion.
Il paraît de bonne foi et il ne semble pas qu’une suite puisse être engagée contre lui pour infraction aux lois contre les israélites, son père lui ayant toujours caché son origine juive.. »

Sur les ordres du Préfet, le Sous-Préfet, en date du 10 mars 1942 demande à Albert Sephiha qu’il prouve qu’il n’est pas juif. Ainsi, le 27 mars le Commissaire de Police de Provins certifie avoir remis à Monsieur Sephiha Albert les pièces désignées ci-dessous :
–  Un bulletin de naissance et un bulletin de baptême de Noisier Simone (sa mère).
–  Un bulletin de naissance et un bulletin de baptême de Noisier Emile.
–  Un acte de naissance et un bulletin de baptême de Dupas Mélanie;
–  Un extrait de naissance et un bulletin de baptême de Denis Madeleine.
–  Une carte d’identité préfectorale de Sephiha Albert.
–  Un acte de naissance en turc et en français du père de Monsieur Sephiha Albert.
–  Un certificat de nationalité du père de Monsieur Sephiha Albert, délivré par le Consulat de Turquie à Paris.
Une note accompagne cette remise :

Sephiha Albert. Mère : Simone Noisier, née le 17.12.1897 à St-Germain-lès-Corbeil (S.et O). Fille de Emile et Dupas Mélanie Marie.
Grand-père maternel : Noisier Emile, né le 8.6.1862 à Tigery (S. et O).fils de Joseph Philippe et de Deleuze Léonie, Octavie.
Grand-mère maternelle : Dupas Mélanie, Marie, née le 26.1.1866 à Paris n° 9 rue Arago 19 ème – fille de Julien, Olivier et de Brouillard Mélanie.
Epouse : Denis Madeleine, Andrée, Camille née le 17.11.1923 à Provins. Fille de Camille, Alexandre et de Masson Madeleine, Octavie. « Tous catholiques. »
Compte tenu qu’Albert Sephiha marié à Provins le 7 mai 1940 à Madeleine Andrée Camille Denis, née le 17 novembre 1923 de Camille Alexandre et de Madeleine Octavie Masson. Elle est française à titre originaire et de confession
catholique ainsi que ses parents. Et que ses grands-parents maternels sont catholiques, il sera finalement considéré comme non-juif par dérogation à la circulaire n° 173-42 du 13 juillet 1942 : Les Juifs ou Juives mariés à des non-juifs, et faisant preuve, d’une part, de leurs liens légitimes, et d’autre part, de la qualité de non-juifs de leur conjoint. Il n’avait pas trois ascendants juifs (Loi du 3 octobre 1940/ 2 juin 1941). Le Commissariat Général aux Questions Juives a du lui remettre un certificat de non-appartenance à la race juive. Il est incorporé au STO en fin 1942 début 1944.

Deux familles Séphiha à Fontainebleau

Les frères Mayer et Salomon Séphiha arrivent à Fontainebleau vers 1926-27, puisque le premier qui naquit à Fontainebleau fut Albert Robert le 14 décembre 1927, fils de Salomon et de Claire Malabel épouse Séphiha.
Le 22 octobre 1935, la Communauté Juive de Fontainebleau adresse un courrier au Secrétaire général de l’Association Cultuelle israélite de Paris, parmi les signataires, il y a deux chefs de famille Sephiha :

· Mayer Sephiha.
· M et Mme Salomon Sephiha.
La Familles Mayer Séphiha 37 rue St Honoré
– Sephiha Mayer est né en novembre 1888 à Constantinople. Faisant suite au patronyme familial, il était chaudronnier à Fontainebleau.
– Sephiha née Lévy Fanny née le 10 janvier 1893 à Constantinople, son épouse, sans profession.
– Sephiha Victoire Renée 2 juillet 1917 à Paris, leur fille aînée, célibataire, profession : femme de Ménage à Fontainebleau
– Sephiha Claire 10 août 1919 à Levallois Perret, leur fille, célibataire, profession: Sténodactylo Fontainebleau 37 rue St-Honoré
La Famille Salomon Séphiha 18 rue St-Honoré.
Sephiha Salomon 30 mars 1906 à Constantinople, marié. Profession : peintre en bâtiment à Fontainebleau.
Sephiha née Malabel Claire 12 septembre 1904 à Constantinople en Turquie, son épouse. Ils ont 7 enfants et habitent à Fontainebleau 18 rue St Honoré
Le fils aîné, Sephiha Albert Robert 14 décembre 1927 à Fontainebleau, célibataire, apprenti peintre en bâtiment apprenti à Fontainebleau 18 rue Saint Honoré.
Dans certains documents concernant la Synagogue de Fontainebleau, Mayer Sephiha se fait appeler Henri et notamment signe Henri Séphiha dans une lettre de la Communauté Juive de Fontainebleau au Consistoire de Paris dans les années 30.

Les mesures anti-juives à Fontainebleau en 1941.

En ce qui concerne les cartes d’identité, le Préfet de Seine et Marne écrit à la Feldkommandantur 680 :  »En exécution des prescriptions de votre note du 8 octobre, j’ai l’honneur de vous faire connaître qu’en principe les cartes d’identité des Juifs portent déjà le cachet rouge  »juif » ou  »Juive » prescrit par votre ordonnance du 16 octobre 1940. La Mairie
de Fontainebleau délivre des cartes d’identité pour : M et Mme Sephiha et leurs enfants 37 rue St Honoré M et Mme Sephiha 18 rue St Honoré
En plus de leurs cartes d’identité, les familles Séphiha recevront également trois étoiles jaunes par personne contre les tickets de tissus. Cette famille, comme toutes les familles juives de Fontainebleau, va être mise au ban de la société. L’Etat français de Vichy par le biais du Commissariat Général aux Questions Juives, et gérés par des administrateurs provisoires, nationalise les entreprises juives et prive tous les juifs au droit du travail. Les archives font ressortir par exemple en date du 31 octobre 1941 : Artisan Juif Sephiha à Fontainebleau, Ouvrier peintre, Séphiha Salomon.
Août 1943 – Objet : Atelier juif Sephiha à Melun ‘Le Juif Sephiha Mayer, domicilié à Fontainebleau (S&M), 37 rue St Honoré, arrêté le 9 juin 1943 dirigeait à Melun, rue des Boissettes, un atelier de ferblanterie, cela contrairement aux Ordonnances Juives. Il réparait surtout des ustensiles de ménage et de cuisine de tout genre. Il a été constaté, au cours d’une visite de l’atelier, que celui-ci était garni d’ustensile donnés en réparation. Je vous abandonne cet atelier
pour l’utiliser comme bon vous semblera et je vous prie de restituer aux clients les objets donnés en réparation.

Elèves Juifs dans les écoles de Seine-et-Marne en 1942-1943
 »Inspection Académique de Seine-et-Marne

I° relevé, par circonscription d’Inspection Primaire, des Ecoles Primaires
élémentaires de garçons et de fille, qui ont compté des élèves juifs en 1942-1943
Circonscription de Melun
Ecole A. Cassagne Filles à Melun 1 élève
Ecole de Gretz. Garçons 1  »
Ecole de Bombon 2  »
Ecole de Brie-Comte-Robert – G. 1  »
Ozoir-la-Ferrière G. 3  »
Touquin G. 2  »
Brie-Comte-Robert (Ecole Privée) 1  »
Circonscription de Coulommiers
Néant
Circonscription de Fontainebleau
Fontainebleau (Ecole de la rue F. Herbet) Garçons 1
Fontainebleau (Ecole de la rue St Merry) Filles 2
Champagne (Garçons) 1
Fontainebleau (Ecole rue F. Herbet) 1
(Actuellement parti).
Circonscription de Meaux
Meaux – Garçons 1 élève
Vaires-sur-Marne (Garçons) 1  »
Villeparisis (Lotissement, Filles 3  »
Ecole Séverine
Mitry-Mory (Boursières) Garçons 2  »
Villeparisis (Lotissement, Garçons)
Ecole Anatole France 1  »
Dammartin-en-Goële (Ecole Privée) 5  »
Circonscription de Provins

Cannes-Ecluse Filles 7 élèves
Esmans Garçons 2  »
Gastins Mixte 2  »
Gurcy-le-Châtel Mixte 1  »
Thénisy Mixte 1  »
(Groupe Pasteur) 1  »
Circonscription du Châtelet et du Directeur de l’Institut de Formation professionnelle
Melun.
En ce qui concerne les élèves juifs de Fontainebleau, il s’agit des enfants Sephiha. D’après la liste annuelle d’inscription des élèves dans l’école des Filles de Fontainebleau, rue St-Merry, pour l’année 1941-1942 et pour l’année 1943-1944, les
deux enfants Sephiha:
Esther née le 20 février 1930 et de Béatrice, née le 17 mars 1937.
Dans le bulletin de présence du Second Cycle, en févier 1944 Esther Séphiha a le numéro d’ordre n° 20, en mars elle est passée au n° 23 et en avril son nom a disparu sans aucune explication. En ce qui concerne Béatrice Séphiha, dans sa
classe elle a le n° d’ordre 13 en février 1944, le n° 13 en mars 1944 (ces deux mois, elle n’a aucun jour d’absence, au mois d’avril, elle a toujours le n° 13 mais totalise 36 jours d’absence sans autre précision. A propos de l’école des garçons de la rue F.Herbet, il n’y a aucun document, par contre Maurice Séphiha était bien scolarisé dans l’école des garçons de la rue St Honoré.
Henri Froment raconte :  »J’ai eu pour élève au cours moyen 2è année quand j’étais jeune instituteur à l’école de la rue St-Merry à Fontainebleau, de 1941 à 45, le petit Maurice Séphiha. Je le revois fort bien, ainsi que son jeune frère et une de ses soeurs (Esther, je crois). Nous les avons vu arriver un matin avec la hideuse étoile jaune. Pauvres enfants, pauvres parents. un collègue habitant comme eux rue St Honoré, je crois, est venu nous dire peu après que toute la famille avait été arrêtée. Je revois très bien aussi le père, peintre en bâtiment si je me souviens bien, très sympathique, me disant  »nous sommes comme l’oiseau sur la branche. »

Internement de Juifs Seine-et-Marnais à Drancy

29 juin 1943 à Melun en date de ce jour, à l’effet de conduire au camp de Drancy,
(Seine), les israélites dénommés ci-dessous !
1° Novocheleski Renée, née le 27 février 1891 à Paris (11ème), domiciliée à
Fontainebleau, 22 rue Neuville.
2° Novocheleski, Hélène, née le 13 juillet 1880 à Paris (4ème) domiciliée à
Fontainebleau 22 rue de Neuville.
3° Sephiha, Fanny, née le 10 janvier 1893 à Konstantinople (Turkei), domiciliée à
Fontainebleau, 37 rue Saint Honoré.
4° Séphiha, Mayer, né le 19 novembre 1888 à Konstantinople (Turkei), domicilié à
Fontainebleau, 37 rue Saint Honoré
5° Sephiha, Claire, née le 10 août 1919 à Levallois Perret (Seine) domicilié à
Fontainebleau 37 rue Saint Honoré.
6° Sephiha Victoire, née le 2 juin 1917 à Paris (11ème) domicilié à Fontainebleau 37
rue Saint Honoré
7° Labour, Levy, né le 30 avril 1908 à Pierrevillers, (Moselle) domicilié à Marolles
s/Seine (Seine et Marne).

Journée du 29 Juin 1943 – Entrée à Drancy
Mayer Sephiha novembre 1886
Fanny Sephiha 10.1.1893 née Lévy
Claire Sephiha 10.8.1919
Victorine Renée Sephiha 27.7.1917

31 mars 1944 Transfert d’israélite à Drancy
Le 31 mars 1944 ont été transférés au Camp de Drancy sur ordre des autorités allemandes, les israélites dont les noms suivent :
1° Sephiha Salomon, né le 30 mars 1906 à Constantinople
2° Sephiha née Malabel, Claire, née le 12.9.1904 à Constantinople

3° Sephiha Albert, lé le 14 décembre 1927 à Fontainebleau
4° Sephiha Esther, né le 20.2.1930 à Fontainebleau
5° Sephiha Maurice, né le 22 février 1933 à Fontainebleau
6° Sephiha Jacques, né le 26 juillet 1935 à Fontainebleau
7° Sephiha Béatrix, née le 17 mars 1937 à Fontainebleau
8° Sephiha Elie, né le 26 janvier 1939 à Fontainebleau
9° Sephiha Françoise, né le 6 mars 1941 à Fontainebleau
Toute cette famille demeurant à Fontainebleau 18 rue Saint-Honoré.
10° Joffe, Claire née le 5 décembre 1921 à Paris demeurant à Saint Siméon (S et M)
11° Berkowic, Louise, née le 15 juillet 1904 à Metz, demeurant 10 rue Hautevienne à
Paris
12) Bondi, Carlo, né le 1er Janvier 1893 à Tripolis, demeurant à Noisy-sur-Ecole (S
et M).

Déportation du reste de la famille Salomon Sephiha en avril 1944
Salomon Sephiha 38 ans Convoi 71 29.4.44
Clara Sephiha 39 ans Convoi 71 29.4.44
Albert Sephiha 16 ans Convoi 71 29.4.44
Maurice Sephiha 11 ans Convoi 71 29.4.44
Esther Sephiha 14 ans Convoi 71 29.4.44
Jacques Sephiha 8 ans Convoi 71 29.4.44
Béatrice Sephiha 7 ans Convoi 71 29.4.44
Elie Sephiha 5 ans Convoi 71 29.4.44
Françoise Sephiha 3 ans Convoi 71 29.4.44
Les Archives de Seine-et-Marne conservent encore les billets de train pour les familles Sephiha ainsi que ceux pour leurs accompagnateurs (des gendarmes). Dans la région de Fontainebleau, on trouve quelques Juifs Orientaux avec des métiers très divers.
Avon :
– Chaki Hieskain né à Lorisse, sans prof.
– Siaki née Chaki Lebi Lea, née à Lorisse, sans prof.
– Chaki née Fresio Eugénie née à Constantinople, sans prof.
– Chaki Léa, née le 27 mars 1927, à Athénes, Etudiante.
– Mager Michel, né à Constantinople, coupeur en casquette ;
Fontainebleau
– Darcis née Lipson Léa à Constantinople, commerçante
– Liabastre née Sumanton Salmona Sarah, commerçante
– Luvy dit Lévy Michon né à Constantinople, ?
– Gaillon née Sephiha Eugénie
Livry sur Seine
– Borlot née Gargui Odette
Melun
– Mordohay Marco Gargui, né à Smyrne artisan
– Modohay Gargui née Simsola Esther née à Smyrne, couturière

Pringy
– Scialom Albert né à Salonique, sans prof.
Samoreau
– Benador Nissim né à Andrinople ; marchand ambulant
– Benbassa (Binbassa) Victor né à Salonique ; marchand ambulant
– Benbassa (Binbassa) née Benador Suétana née à Constantinople, sans prof.
Maincy
– Broudo Salomon né à Salonique, sans prof.
Montereau
– Benaroyo Ernesta née à Subina Roumanie
Moret-sur -Loing
Zouita dit Guita Daniel né à Bône Algérie, typographe
Veneux-les-Sablons
Dassas née Pitshon Perla né à Salonique sans prof
Yzkor
Les Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation de Seine et Marne et la ville de Fontainebleau ont fait poser une plaque, le 3 avril 2003, sur le fronton de l’Ecole St-Merry à Fontainebleau à la mémoire des enfants Séphiha qui ont fréquenté cette école jusqu’en mars 1944.  » Ne les oublions Jamais. »

Frédéric VIEY
Secrétaire Général du Conseil
des Communautés Juives de Seine et Marne

 

Communiqué de la Fédération pour la Mémoire de la Shoah

http://www.fondationshoah.org/la-fondation/hommage-haim-vidal-sephiha

La Fondation a appris avec tristesse la disparition de Haïm Vidal Sephiha, survenue le 17 décembre 2019 à Boulogne-Billancourt, à près de 97 ans.

Ce rescapé des camps nazis était né à Bruxelles en janvier 1923, dans une famille judéo-espagnole venue d’Istanbul en 1910. Arrêté en 1943 puis déporté à Auschwitz, il survécut, ainsi qu’une partie de sa famille. Devenu ingénieur après la guerre, il quitte cette voie pour s’engager dans ce qui sera la grande œuvre de sa vie : l’étude et la défense de la culture et de la langue judéo-espagnoles. Il sera à l’origine de la première chaire mondiale de judéo-espagnol, installée à l’INALCO en 1983.

Il fut membre de la Commission Mémoire de la FMS à ses débuts entre 2001 et 2004.

L’équipe de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah adresse à sa famille ses plus sincères condoléances.

 

Nous tenons à honorer nos chers disparus et à présenter à leurs familles nos sympathies les plus sincères dans l’épreuve qu’ils traversent.